"L’Âge d’or", une fiction du réel
Ce n’est pas un énième film retraçant la première moitié du vingtième siècle en France. Les guerres et les destins brisés avec au centre un héros auquel on s’attache. Il s’agit ici de Jeanne Lavaur, une héroïne, au sens proprement narratif du terme. Mais ce n’est pas le genre féminin de la protagoniste qui fait l’originalité de la proposition du réalisateur Béranger Thouin mais son travail de la matière archivistique. Une expérience artistique réussie, créative et stimulante.
Si L’âge d’or est le premier long métrage de Béranger Thouin, ce dernier compte déjà six courts métrages à sa filmographie. C’est pendant ses études à la prestigieuse école Louis Lumière qu’il commence à s’intéresser aux archives et à les manipuler. Pour sa fresque historique et fictionnelle, le réalisateur est allé puiser dans le fonds Gaumont-Pathé, qui regorge d’images documentaires utilisées pour les actualités de l’époque, tournées en 35 mm. Des plans d’usine, des chars, des soldats estropiés, des femmes au travail, des campagnes occupées, autant de moments et de plans qui en appellent à la conscience historique collective commune. L’œil doit s’accoutumer à ce mélange d’Histoire et d’histoire, mais une fois le procédés compris et digéré, la fluidité avec laquelle le réalisateur nous promène dans son récit mérite le respect. "Un travail titanesque"1, confie le jeune artiste. "Les archives permettent de composer avec le réel et le temps" estime celui qui a mis au cœur de son intrigue une jeune fille de boucher exilée de son village natal. Jeanne Lavaur va devenir comtesse, au gré d’une foule de péripéties où la trajectoire personnelle de Jeanne croise le destin national.
Archives et fictions mélangées, remontées ensemble, trafiquées, colorisées… L’expérience aurait pu s’en tenir là. Mais Béranger Thouin le créatif, l’aventureux, ne l’entendait pas cette oreille. Puisqu’il a fallu coloriser les images d’époque, l’artiste a tourné toutes ses scènes de la façon suivant : "De façon générale, pour voir apparaitre un code esthétique cohérent, nous avons pendant le tournage épousé le mode opératoire des opérateurs du passé, qui utilisaient un pied permettant au besoin de panoter, tournaient surtout en extérieur et éclairaient peu." Les apprentis sorciers de la pellicule ont ensuite recoloriser les images tournées, pour conserver une forme d’homogénéité. La magie opère. Le goût de Béranger Thouin pour le beau, le sensible, l’indicible, se retrouve dans son casting. Souheila Yacoub, l’interprète de Jeanne, impose un visage inoubliable, qui évoque Béatrice Dalle à ses débuts. Neils Schneider, sa réplique sur une bonne partie du film, apporte sa noblesse de traits, atemporelle, à laquelle le noir et blanc va si bien.
L’œuvre de Béranger Thouin sera intéressante à analyser dans le temps. Quelle empreinte va laisser l’histoire inventée de Jeanne Lavaur sur nos mémoires ? Celles-ci vont-elles intégrer à l’évocation de la grande crue de Paris, les images de ces deux jeunes filles qui s’échappent du pensionnat par les fenêtres pour rejoindre des barges improvisées ? Les scènes fictives, entremêlées aux images du réel, persisteront-elles de la même manière ? Une chose est sûre, cette pratique interroge sur notre rapport à l’Histoire ou encore à l’image animé. Elle interroge aussi, ou dénonce, la résurgence de ces régimes autoritaires qui ont secoué l’Europe et reviennent, hélas, sous une forme bel et bien actuelle.
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L'Âge d'or, de Bérenger Thouin, en salle le 11 novembre 2027
Fiction / Long métrage / France - Italie / 2026 / 116 minutes
Soutien à l’écriture et à la production de la Région Nouvelle-Aquitaine, du Département du Lot-et-Garonne et du Département de la Charente, en partenariat avec le CNC et accompagné par ALCA.
1. source : Toutes les citations sont issues du dossier de presse du film de GoGoGo Films.