Avec "Jim Queen", le studio Bobbypills redéfinit l'animation pour adultes
Jim Queen, la comédie d’animation made in Angoulême, se moque de l’hétéronormativité tout en s’amusant des codes queer. Les deux héros doivent accomplir un haut fait en traversant des péripéties pleines de paillettes et de coups bas. L’histoire se tient par une progression classique, aux ressorts bien connus. Mais si la structure est ancienne, sa matière est inédite. Jim Queen, c’est l’histoire de Jim et Lucien, à la recherche de la chloroqueer, pour sauver le monde de l’hétérose. Le tout en dessin animé. Morgann Gicquel, membre du studio Bobbypills qui a créé le film, revient sur les coulisses de sa fabrication.
Depuis combien de temps existe le studio Bobbypills ?
Morgann Gicquel : Depuis 9 ans. À la base, nous avons commencé avec Bobbyprod (2008), puis le studio a voulu se diversifier et s’est associé à la plateforme purement numérique Blackpills. Bobbyprod a fait la série Canal + Les Kassos, laquelle était destiné à la chaîne Youtube de Canal + uniquement, mais ça a tellement bien marché qu’on est passés à l’écran. Nous étions spécialisés dans les formats courts, la série surtout. Jim Queen est le premier long métrage du studio; ce film représente sept ans de travail.
Quel rôle jouez-vous au sein du studio ?
Morgann Gicquel : J’y suis entrée pour pouvoir soutenir le projet Jim Queen. Je suis spécialisée dans les campagnes de financements participatifs. J’accompagne tous les projets qui ne passent pas par les diffuseurs et là, les diffuseurs ne répondaient pas. Il s'agit souvent d'œuvres qui témoignent d’une grande liberté créative et d’une nouvelle façon de raconter les histoires. Pour Jim Queen, c’était assez surprenant puisque nous avons bénéficié d’une avance sur recettes de la part du CNC, ce qui, traditionnellement déclenche un engagement de la part d’une chaîne. Mais si l'une ne suit pas, les autres se mettent à hésiter…Qu'importe, nous avons réussi à mener le projet à bien avec un budget de 5 millions (c’est peu !), dont 120 000 euros récoltés sur Ulule et avec le soutien de la Région Nouvelle-Aquitaine. Heureusement, le distributeur The Jokers nous suit depuis le début.
Pourquoi avoir ouvert une antenne Bobbypills à Angoulême ?
Morgann Gicquel : Les deux réalisateurs du film dont on parle, Nicola Athané et Marco Nguyen, sont tous les deux diplômés des Gobelins (école d’élite pour l’animation, NDLR). Mais l’univers proposé avec Jim Queen n’est pas très Gobelins dans l’esprit ! C’est pourquoi l’implantation du film à Angoulême a été si importante. Les artistes locaux qui ont travaillés sur le film ont pu mettre leur patte. Ici, on trouve beaucoup de profils jeunes, queer, qui ont déjà les références et les envies dont nous avions besoin pour la réalisation de ce film. Angoulême dispose d’un réel vivier d’artistes avec lesquels on peut envisager des manières alternatives de conter nos histoires. Avant, l’animation se cantonnait presque toujours à l’animation jeunesse ou à l’animation d’humour trash pour adultes (héritière de Fluide glacial entre autres). L’idée chez Bobbypills, c’est de redéfinir ce qu’est l’animation adulte.
Allez-vous vous lancer dans d’autres long métrages ?
Morgann Gicquel : Oui. Maintenant qu’on a gouté aux marches de Cannes…on est inarrêtables !
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NDLR : Bobbypills a présenté Jim Queen en Séance de minuit à Cannes et présente à Annecy sa série Les Groos, en compétition dans la catégorie Films de télévision.
Le film a bénéficié du soutien à l’écriture, au développement et à la production de la Région Nouvelle-Aquitaine et du Département de la Charente, en partenariat avec le CNC et accompagné par ALCA et le Pôle Image Magelis.