Un Champ de fraises pour l'éternité
Tourné dans la Région Nouvelle-Aquitaine et doté d’un casting séduisant, le long métrage d’Alain Raoust Un Champ de fraises pour l’éternité propose une tragicomédie tantôt bucolique, tantôt engagée, et résolument mélancolique.
Philippe Rebbot, alias Serge Pomalovski, incarne la dernière voix des radios libres. Cette voix retentit dans les haut-parleurs disséminés aux quatre coins d’un camping fermé, dont les derniers habitants se préparent à l’expulsion. Serge leur parle, se confie, passe ses meilleurs disques et s’invente une équipe de voix pour l’accompagner dans sa programmation. Autour de Serge et de ses errances radiophoniques, des personnages abîmés, perdus, fantasques.
Avec une structure narrative originale, le réalisateur chapitre son film par tranche de vie des héros et héroïnes, lesquelles sont concentrées sur les mêmes quarante-huit heures. Unité de temps certes, mais disparités d’individus et de trajectoires qui s’entremêlent autour de cette figure du conteur soixante-huitard campée par Philippe Rebbot. Empruntant encore aux règles classiques du théâtre, Un Champ de fraises pour l’éternité respecte aussi l’unité de lieu : on reste dans ce camping quasi désert et désolé, amené à disparaître, condamnant ses résidents à trouver refuge ailleurs. Là où, ils le savent, tout sera trop cher pour eux.
Alain Raoust promène son regard sur cette galerie de portraits attachants et tente de mettre en garde les spectateurices sur une fin du monde annoncé, celle du monde "d’avant". Le travail des accessoiristes pour représenter l’univers nostalgique et vintage dans lequel évoluent les protagonistes marque par son goût et l’attention portée aux détails. Quant aux références cinématographiques et littéraires, elles jalonnent la fiction et provoquent ainsi connivence, sourire, curiosité.
Le jeune ingénu, joué par Quentin Dolmaire, détient pour seule bibliothèque l’ouvrage mythique de Henry David Thoreau, Walden ou la vie dans les bois. Quittons-nous avec ses mots, qui évoquent les hommes, et siéent particulièrement aux héros du film :
"La grande majorité des hommes mène une vie de tranquille désespoir. Ce que l'on appelle résignation n'est autre chose que du désespoir confirmé. De la cité désespérée vous passez à la campagne désespérée, et c'est avec le courage de la loutre et du rat musqué qu'il vous faut vous consoler."
Henry David Thoreau, Walden ou la vie dans les bois
---
Un champ de fraises pour l'éternité, de Alain Raoust
Long métrage / Fiction / France / Production : Microclimat - Cinéma Defacto - Les Films à un dollar / 1 h 43
Soutien à la production de la Région Nouvelle-Aquitaine et du Département de la Dordogne, en partenariat avec le CNC et accompagné par ALCA.