"Loufiat", le revers du plateau
Fabrice Garcia-Pintero porte depuis 2006 ses activités d’auteur, d’éditeur, de producteur, depuis la Haute-Vienne. Avec sa maison d'édition et de production Black-out, il partage avec le public son regard singulier sur le monde et publie notamment des titres de littérature noire, dans une dizaine de collections différentes.
Comme un clin d’œil aux activités de réalisation de l’éditeur de Black-Out, le dernier roman de la maison, paru en juin, n’est pas sans rappeler la série Bistronomia, diffusée en 2025, qui raconte le quotidien dans les cuisines et l’avènement de la Bistronomie en France.
Loufiat présente en effet une galerie de portraits de serveurs des brasseries parisiennes, avec lesquels on embarque pour environ une heure d’un vrai page-turner. Juan Echeverria qui a lui-même porté tablier et limonadier, tient la plume et fait honneur à la ligne éditoriale de la maison depuis vingt ans maintenant : la noirceur au cœur.
Les loufiats – "Nom masculin, populaire : garçon de café / individu de peu de valeur" – ce sont Thomas, Sabrina, Areski, Alice et bien d’autres, qui nous emportent dans les coulisses de la restauration. Et c’est un plaisir de plonger dans ce Paris méconnu.
Dans le brouhaha des salles et des cuisines, on passe de terrasses en tables, côtoyant une CSP relativement aisée, financièrement parlant – entre la caisse et les pourboires, on peut s’en sortir, voire acheter son petit appart’ intra-muros. Mais le prix à payer pour ça, c’est les heures de marche, de course, à accueillir, placer, à flairer les bons clients, se répartir les tables, partager – ou pas, trouver un larfeuille oublié près d’une plante verte, tout déclarer – ou pas, bref, servir pour faire son chiffre.
On embarque, et on a un peu la sensation qu’elles et eux, les loufiats, plongent, malgré elles, malgré eux. Impossible de résister parce que c’est dur. C’est dur les journées saccadées, dur les longues nuits, les clients qui s’impatientent ou qui traînent à la fermeture. Et sans oublier la pression, le racisme et les relations à la dure, elles aussi, pas forcément faux-culs, mais, disons, il faut avoir les codes du métier pour se parler. C’est dans ce décor que chaque personnage chemine pour répondre à ses rêves et ses ambitions personnelles. Mais la solitude – trompée par les afters, la poudre blanche ou l’alcool – semble toujours les rattraper.
On découvre ainsi "le revers du plateau", la taule de toutes ces âmes dévouées au service, qui vendent leur temps à des patrons plus ou moins avares de thunes et de reconnaissance pour nous offrir une pause.
Dans une langue savoureuse, imprégnée de l’argot du métier et des accents parisiens, on passe une tête dans un monde à part, dans les entrailles de Paris, un monde invisible à l’œil nu, le détail de la carte-postale que personne n’avait remarqué jusqu’à ce que quelqu’un daigne nous le montrer.
Paris ne dort jamais… Et, sans doute, en éprouvant la véracité de l’adage, quelques loufiats y ont-ils laissé quelques plumes.