Camille Anssel : l’auteur des héroïnes guerrières récompensé
L’auteur et musicien Camille Anssel vient d’obtenir le prix du premier roman jeunesse Gallimard-Télérama-RTL pour son livre Le Cercle de ronces. Après une trilogie de romans fantasy pour adulte, publiée chez ExAequo, l’écrivain déploie ici un nouvel univers proche du steampunk où les femmes tiennent le premier rôle, comme dans l’ensemble de son œuvre. En librairie depuis le mois de novembre, sous l’égide de la prestigieuse maison Gallimard, le livre marquera peut-être le début d’un nouveau cycle pour cet auteur à l’inventivité débordante.
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Qu’est-ce qui vous a incité à participer au concours du premier roman jeunesse ?
Camille Anssel : Les premières idées de ce texte remontent à mes vingt ans. C’est un projet qui a mis du temps à mûrir. Il m’a semblé que ce livre pouvait convenir pour la jeunesse, car c’est une histoire de sorcières et surtout, il y a la thématique du passage à l’âge adulte : on suit l’évolution du personnage principal, une jeune fille, depuis son adolescence ; on la voit grandir et gagner en pouvoirs. Quand j’ai écrit ce roman, je ne pensais pas viser un lectorat Young adult ou jeunesse. C’est en le retravaillant que je me suis dit qu’il pouvait convenir pour concourir à ce prix. Puis j’ai envoyé mon manuscrit sans y croire vraiment…
Quelle est la récompense lorsqu’on est lauréat de ce prix ?
Camille Anssel : En premier lieu, le livre est publié chez Gallimard Jeunesse. Ensuite, l’éditeur met vraiment les moyens en matière de promotion, de mise en avant de l’ouvrage lauréat. Il n’y a pas de communication avant la sortie, on n’a même pas le droit d’en parler. Mais au moment de la parution, Télérama et RTL, qui sont partenaires du concours, diffusent un portrait de l’auteur, une interview… Donc non seulement on est publié, mais on bénéficie d’une promotion qui soutient le livre à son démarrage.
Ce livre vous a-t-il donné envie de continuer d’écrire pour la jeunesse ?
Camille Anssel : Oui, d’autant plus que je suis arrivé à la fin d’un cycle, avec ma trilogie fantasy pour adulte. Avec ce genre de texte, qui comprend souvent une forme de violence, il peut être difficile de trouver son public. Or, c’est différent en jeunesse, l’approche est plus universelle, et je pense que ce texte parle aussi aux adultes. Même si Le Cercle de ronces est un one-shot, j’ai encore des histoires à raconter, de nouvelles idées à développer dans cet univers que j’ai créé, qui est différent de celui de mes précédents livres. Il ne s’agira pas de suites, mais plutôt de compléments, d’autres histoires qui viendront enrichir cette première aventure.
Pouvez-vous me présenter votre roman en quelques mots ?
Camille Anssel : Dans un monde où la magie est interdite aux femmes, l’héroïne, Lalie, devient rapidement orpheline et se découvre un potentiel immense pour la magie. Elle peut devenir très forte, mais cela lui est défendu. Celles que l’on nomme les sorcières risquent la peine de mort. Heureusement, Lalie va réussir à trouver des complices pour survivre dans un premier temps, puis pour prendre la tête d’un "cercle" – c’est-à-dire un groupe de sorcières –, qui s’appelle Le Cercle de ronces. Ce nom est lié à l’environnement, qui est essentiellement composé de jungle et de forêt. Cette organisation va défier peu à peu l’Empire qui est à l’origine de ce règlement inégalitaire pour les femmes.
Pourquoi le choix d’un personnage central féminin ? Avez-vous une sensibilité particulière par rapport au féminisme ?
Camille Anssel : J’ai lu beaucoup de romans fantasy lorsque j’étais jeune adulte, et à cette époque-là, on trouvait essentiellement des figures de guerriers puissants. Je trouvais que ces histoires manquaient de femmes et que ce serait intéressant de décaler un peu ce point de vue en mettant un personnage féminin fort au cœur du récit. Mes premiers romans publiés mettent en scène des femmes assez redoutables avec des personnalités bien marquées. Puis j’ai gardé ce pli, car j’aime me mettre dans la peau d’un personnage féminin. Pour autant, en tant qu’homme, j’ai du mal à revendiquer ce texte comme un roman féministe. Même si cela correspond à mes convictions, ce point de vue me paraît compliqué à défendre. Ce qui est certain, c’est qu’il y a la volonté, dans ce récit, de faire la part belle aux femmes.
Qu’est-ce qui vous plaît dans l’univers de la fantasy ?
Camille Anssel : En premier lieu, je dirais que ce genre permet de faire un pas de côté par rapport au réel pour mieux le comprendre, en traquer les failles et débusquer les incohérences. Les notions de féminisme, patriarcat, place de la femme dans la société, qui sont abordées dans ce livre, résonnent extrêmement avec le monde dans lequel on vit, mais elles peuvent aussi bien s’exprimer dans l’univers de la fantasy. Ce qui m’intéresse également dans ce genre, à titre personnel, c’est avant tout un plaisir de lecture : j’aime les textes fluides, qui nous happent, nous donnent envie de connaître la suite et qui font preuve d’inventivité. J’aime découvrir des mondes spéciaux qui stimulent l’imaginaire et qui m’embarquent.
L’univers de mon livre se rapproche du steampunk, par petites touches. Ce genre spécifique permet de s’éloigner des univers plus traditionnellement médiévaux, peuplés de dragons ou de créatures merveilleuses. De nombreux récits mettant en scène ces canons littéraires ont été écrits depuis Tolkien. Moi je préfère représenter des inventions originales, qui nous sortent un peu du monde médiéval, avec un cadre "junglesque" ou sauvage et des machines à vapeur qui cohabitent avec l’utilisation de la magie. Ce mélange crée un univers un peu différent de celui que l’on a plus l’habitude de lire.
Quels sont vos références littéraires, les auteurs qui vous inspirent ?
Camille Anssel : Pour Le Cercle de ronces, la première référence qui me vient à l’esprit est Les Trois mousquetaires, car c’est un roman d’aventures, avec des amis, qui ont des personnalités bien marquées et dont les répliques sont des joutes verbales. Ce livre m’a beaucoup marqué dans ma jeunesse et inspiré, même si la question de la place de la femme, dans cette histoire, est bien représentative d’une époque… Je pense aussi à Stephen King et à sa manière d’utiliser le mécanisme de la magie, la télépathie en particulier, notamment dans son roman Charlie.
Comme vous êtes par ailleurs musicien, faites-vous un lien entre l’écriture et la musique ?
Camille Anssel : Le travail d’écriture est au centre de la création, qu’elle soit littéraire ou musicale. Il y a aussi une question de rythme : j’essaie d’avoir un style fluide, assez dépouillé, en évitant les longues descriptions pour que les scènes s’enchaînent assez rapidement, et en orientant plutôt la progression du récit selon les actions. Or c’est vrai que, dans la musique, les sonorités, le rythme, sont essentiels. D’ailleurs, dans le travail de réécriture que j’ai mené pour ce roman, je me suis forcé à lire le texte à voix haute. Parfois, les phrases accrochent en bouche et on ne s’en rend pas forcément compte quand on les lit.
Avez-vous appris de ce travail que vous avez mené avec votre éditrice pour ce livre ?
Camille Anssel : Oui. Elle m’a beaucoup aidé à repenser la composition générale du roman, sa structure, en réorganisant certains chapitres, avant même de parler de la construction des phrases ou des fautes. J’ai senti qu’elle avait réellement lu le texte et perçu qu’il y avait des enjeux mal ficelés ou à améliorer. J’ai même écrit deux chapitres supplémentaires. C’est un éditeur qui a un haut niveau d’exigence et ce fut une belle expérience.
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Le Cercle des ronces, de Camille Anssel, chez Gallimard Jeunesse, 14,90 euros