"Nés des mêmes cendres", le 1er tome d’Etiofari, la saga fantastique de Nincemon Fallé
C’est suite à la parution de son premier roman, Ces Soleil ardents, qu’en 2025, le jeune auteur ivoirien Nincemon Fallé était le lauréat de la résidence internationale d’écriture francophone Afriques-Haïti1. Dans ce cadre, il a été accueilli au Sénégal et en Nouvelle-Aquitaine pour travailler pendant trois mois sur son prochain roman, Etiofari, une fantasy médiévale africaine. Sa grande force de travail, son puissant univers littéraire et sa capacité à pénétrer différents genres littéraires vont être à l’honneur puisque le tome 1 de ce roman, Nés des mêmes cendres, vient de paraître dans la même maison.
En 2023, Nincemon Fallé envoie au concours littéraire du prix Voix d’Afriques son premier roman Ces Soleil ardents. En voici le pitch : le jeune Iro quitte son village pour s’inscrire à l’université d’Abidjan. Il y rencontre une belle fratrie d’amis avec laquelle il gère nombre de difficultés financières pour continuer de suivre les cours. Mais, son père meurt et il doit rentrer…
Ce prix dont l’objectif est de faire émerger les nouvelles écritures francophones du continent africain a été créé par quatre femmes – c’est assez rare pour le souligner. C’est Véronique Cardi qui initie ce projet en 2020, alors qu’elle a pris la direction des éditions JC Lattès, avec une de ses collaboratrices, Anne-Sophie Stefanini, directrice littéraire, avec qui elle partage le même désir de mettre en valeur ces littératures émergentes. Elle s’associe avec Catherine Fruchon-Toussaint, responsable sur RFI du magazine Littérature sans frontière, et avec Bénédicte Alliot, directrice générale de la Cité internationale des arts de Paris, pour en fixer le règlement et le cahier des charges.
Ce dernier définit les textes attendus ainsi : "un roman inédit portant un regard unique, une réflexion sur l’histoire, sur l’éducation, sur l’actualité politique, économique, sociale sur l’Afrique". Le prix repose également sur un accompagnement en triptyque : deux résidences en France pour retravailler son texte (à la cité internationale des arts de Paris et à la villa Valmont de Lormont), son suivi éditorial et sa publication aux éditions JC Lattès. Nincemon Fallé a visé juste puisque Ces Soleil ardents est le roman lauréat du prix Voix d’Afriques 2024 et, à peine publié, il reçoit un autre prix, celui de la Vocation, bien doté pour encourager une continuité d’écriture.
Il a à peine 23 ans et il s’envole vers Yaoundé pour recevoir son prix à l’Institut français du Cameroun, où le rejoignent les quatre fondatrices et ce, pendant la Semaine des littératures Africaines. Après ce temps festif, sa relation avec son éditrice, Anne-Sophie Stefanini, s’étoffe au point qu’il évoque le projet de fantasy médiévale africaine qu’il est en train d’écrire – dont il ne pense d’ailleurs pas qu’il pourrait intéresser JC Lattès. En effet, il vient de leur livrer un roman dit "du réel" basé sur son expérience de la vie des étudiants d’Abidjan dont il fait encore partie puisqu’il est inscrit en licence de Lettres modernes, qu’il mène d’ailleurs en parallèle d’un BTS de communication visuelle. Mais Anne-Sophie Stefanini est romancière, aussi elle entend la passion de son auteur pour le texte dont il lui parle et elle lui propose de le lire. Quelques temps plus tard elle lui confirme qu’Etiofari sera le prochain roman qu’elle signera avec lui. C’est à partir de là qu’il postule pour effectuer la résidence internationale d’écriture francophone Afriques-Haïti : trois mois d’écriture couplés aux recherches documentaires qu’il souhaiterait faire à Saint-Louis du Sénégal sont ce dont il a besoin.
Nincemon Fallé écrit depuis ses 16 ans. Et il découvert tôt la lecture. Son grand-père lui a fait découvrir les romans des grands auteurs ivoiriens (Le Soleil des indépendances d’Ahmadou Kourouma ; Les Frasques d’Ebinto d’Amadou Koné, etc.). Et, comme toute sa génération, il s’est nourri des grandes sagas de fantasy occidentales : de Harry Potter, aux mangas, en passant par Game of Thrones.
Il a également suivi l’émergence de l’Afrofantasy, en plein essor depuis 2015. Si elle conserve les structures du récit épique, elle puise dans les mythes, les épopées et les légendes anciennes des grands empires médiévaux africains – avec bien sûr le surnaturel, les créatures imaginaires et la magie. En témoignent les grands succès internationaux d’auteurs africains ou afro-descendants (traduits), tels que De sang et de rage, de l’américano-nigériane Tomi Adeyemi, plutôt Young Adult, ou Léopard noir, loup rouge du jamaïcain Marlon James, plus dark fantasy, ou encore Nos jours brûlés de la française Laura Nsafou.
S’appuyant sur cette base, Nés des mêmes cendres, est toutefois construit sur différentes strates littéraires assez audacieuses. On y trouve notamment l’univers des oracles de la mythologie grecque – tel celui qui édicte à Œdipe son destin – puisque tout le tome 1 repose sur une prophétie autour de laquelle tous s’échinent pour l’empêcher d’advenir. On y détecte aussi un clin d’œil aux contes de Charles Perrault où, à la manière de celui de La belle aux bois dormants, une grand-mère sorcière, non invitée à un mariage royal, vient apporter aux époux, un enfant "naturel" du roi, que tous appelleront "l’enfant né ailleurs". On y ressent aussi la pénétration des grandes épopées littéraires imaginaires, anglaises et américaines – L’Assassin royal de Robin Hood ainsi que les créatures "poisseuses" du Seigneur des anneaux de J.R.R. Tolkien. Enfin, on croise aussi l’empreinte laissée par le magnifique Ségou, de la guadeloupéenne Maryse Condé, qui fait partie des grands romans sur les royaumes africains du XVIIIe siècle qui, pour mémoire, raconte ceci : entre Bamako et Tombouctou, les Bambaras sont polythéistes et animistes. Ils sont le peuple invincible dont la force repose sur le culte des ancêtres, jusqu’au moment où l’esclavage des Européens fait rage dans le golfe de Guinée et que l’islam apporté par les caravanes gagne du terrain... Pour situer tout de même : Etiofari est un continent (bordé par un archipel et une île), le dernier sur terre, où vivent quatre royaumes antagonistes, chacun séparé par des déserts, des forêts et une brume écarlate et bourdonnante… Dans ce 1er tome, les chapitres sont nommés "Le roi, le prêtre et le rebelle" et, nous sont présentés trois frères, Tenda, Kane et Siryé, des triplés aux yeux gris, "les cendrés", nés la même nuit de la même mère qu’avant l’aube la grand-mère sorcière a séparés : une prophétie venait d’annoncer que "l’un sauverait le monde ; que l’un détruirait le monde, que l’un tuerait ses deux frères".
À la fin de ce tome 1, on commence à envisager – vu les trajectoires des trois frères, qui ne savent rien de la prophétie ni de leur histoire familiale chargée –, qui des trois "sera le sauveur" que tous espèrent. Mais qui sait ? Nincemon Fallé a déjà prouvé qu’il sait tenir son récit pour le mener où il le souhaite, sans se priver de le faire bifurquer comme il l’entend : le choix du prince, le choix de l’auteur… Une surprise n’est donc pas à exclure !
Ce que l’on peut deviner toutefois – vu la qualité stylistique du récit, le découpage tenu au cordeau, l’originalité de ce monde imaginaire et le projet ambitieux d’une trilogie, c’est qu’Etiofari sera remarqué et qu’il recevra lui aussi de nombreux prix pour les mêmes raisons que son premier roman : le talent et le tour de force.
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Nés des mêmes cendres, tome 1 Etiofari Éditions JC Lattès , 288 pages , Paru le 21 octobre 2026
1.La résidence est portée conjointement par la Région Nouvelle-Aquitaine, pilotée par ALCA Nouvelle-Aquitaine, l’Institut des Afriques (avec un accueil en résidence d’un mois chaque, à la Maison des écritures de La Rochelle, puis à la Villa Valmont, la maison des Écritures et des Paysages de Lormont), et par l’Institut français du Sénégal (avec un accueil à la villa Saint-Louis Ndar – réseau des Villas culturelles françaises).
(Photo : Centre international de poésie Marseille)