Le voyage en adolescence de Théo Perrache
Auteur de poésie et de théâtre avec une carrière bien avancée du haut de ses trente-et-un ans, Théo Perrache était l’un des heureux lauréats pour l’expérience immersive de la résidence en milieu scolaire portée par ALCA, Résidence en territoire. Au lycée d’enseignement général et technologique agricole Henri-Queuille - Neuvic (19), quatre classes ont découvert les joies profondes et inattendues d’un travail d’écriture avec un professionnel passionné. Vient le temps de la restitution publique, sous forme ici d’une séance d’écoute collective du podcast créé à partir des mots et univers livrés par les élèves participants.
"On s’est écrit des trucs un peu intimes. C’est généreux de votre part. Bravo, et merci." Les mots de l’auteur Théo Perrache clôturent l’écoute du podcast né des ateliers d’écriture menés avec quatre classes du lycée agricole Henri Queille. Venu dans ce programme de résidence en territoire avec un projet pluriel, proposant de travailler sur trois thématiques différentes, le poète et dramaturge propose aujourd’hui aux élèves d’écouter une création sonore dont ils ont fourni la matière. En cercle, dans la salle Méliès, on écoute cette matière transformée par les jeux d’arrangements du créateur Lucas Delesvaux, auteur du montage sonore. L'auteur a découpé ainsi son projet avec les jeunes : des temps d'atelier d'écriture collectifs, la récolte des travaux, un travail appuyé avec la classe théâtre pour la déclamation des textes sélectionnés, l'enregistrement des textes choraux, l'écriture du podcast par l'auteur, la création sonore déléguée à Lucas Delesvaux.
Pour comprendre l’état de légère sidération qui touche l’assemblée une fois le silence revenu, écoutez plutôt :
"Mais…c’est de nous, ça ?" demande spontanément une élève à Théo, n’y croyant pas. "J’ai trouvé ça beau et mélancolique, exprime un de ses camarades lui faisant face dans ce qui est devenu un cercle de parole. On sent qu’on quitte notre jeunesse, on va devenir adultes donc oui, on est mélancoliques". Remarque qui remporte l’approbation générale. Ils et elles semblent pourtant si jeunes, pas encore sortis de l’enfance. La gravité teintée d’innocence qui se perçoit à l’écoute de leurs vers n’était pas feinte.
Je laisse derrière moi la terre avec un petit t, celle que tu coinces dans tes chaussures.
Si les jeunes lycéens et lycéennes s’apprêtent à rencontrer le monde du travail et des adultes, dont ils sont déjà familiers, l’auteur, lui, a fait un trajet retour vers la vie étudiante.
"Quand je n’étais pas en atelier d’écriture avec eux, j’étais dans ma petite chambre d’étudiant à écrire trois textes sur les thématiques qu’on a travaillé ici ensemble !" Théo Perrache logeait bien dans la résidence étudiante attenante au lycée, qui sert aux classes de BTS d’à côté. "C’était parfait : j’avais juste besoin d’une chambre et d’une cafetière ! J’ai mangé au self tout le temps. C’était vraiment bien d’être juste à côté. Avec Elisabeth, on s’appelait toutes les deux heures."
Elisabeth Ventadour, c’est la professeure documentaliste qui a œuvré, en duo très resserré, sur ce projet avec l’auteur. "C’était un réel binôme auteur-prof, elle a fait un travail incroyable. Elle anime aussi l’atelier de théâtre du lycée. On a vraiment coconstruit le projet ensemble. Elisabeth a été très précieuse".
"Cette bourse et ce temps de résidence ont changé mon année et ma façon de travailler. En tant qu’auteur et intermittent du spectacle (ça me permet de faire des heures), l’écriture prend beaucoup de place mais ce n’est pas facile d’en vivre. C’est formidable d’être édité, mais ce n’est pas toujours rémunérateur… Sauf que ! Ça permet de postuler pour des résidences comme celle-ci, qui demandent d’être publié comme un pré-requis, ce qui permet d’avoir des revenus si on est retenu. Sinon, je reçois des commandes de textes de la part de compagnies de théâtre et j’ai mes projets personnels en cours. En ce moment, je travaille à une pièce de théâtre immersif pour la jouer au festival Les Contemporaines de Lyon. Ça s’appelle Les Morts vivants."
Le visage lumineux au milieu de la verdure infinie qui constitue le parc du lycée, Théo nous confie s’être enrichi de toutes ces expériences partagées par les élèves lors des sessions d’atelier. Voir comment les thématiques résonnent chez les autres, et plus particulièrement chez ceux qui n’ont pas le même âge s'impose comme une démarche nécessaire pour l'auteur qu'il assume désormais être. "Ça permet d’arrêter de se regarder le nombril", estime Théo.
Là où souvent, les artistes affirment n’adopter aucune méthode ou si peu, l’auteur-comédien prouve l’inverse et nous livre quelques secrets de fabrication. Pour commencer, il explique amener une méthode souple, capable de s’adapter aux situations spécifiques et/ou envie des professeurs, des élèves. "Je viens avec plusieurs scénarios possibles pour un public allophone, porteur de handicap, pour une assemblée mutique… Je propose différentes thématiques. Là, on a exploré surtout la science-fiction spatiale. Avant de quitter la Terre, je leur propose de dresser une liste dénommée ‘je laisse derrière moi’. Il y a un exercice que j’aime bien : je leur demande d’écrire deux choses. Une chose vraie et chose fausse. Ensuite, à leur lecture, le groupe va devoir deviner ce qui est vrai ou faux. Ça les oblige à imaginer quelque chose sur eux, c’est déjà créer. "
Les élèves présents pour cette première séance d'écoute semblent tous émus, amusés, pensifs. "J'ai aimé parce qu'on était en classes divisées. Ça nous a rapprochés, on a entendu les secrets des gens et c'est super que les personnes soient assez en confiance pour ça" s'épanche une participante.
Théo Perrache fera ses bagages à la fin de la semaine et rendra sa chambre. Il laissera derrière lui des mots dits, des vers écrits, des secrets partagés et une expérience collective inoubliable.