La Peña, une association de producteurs essentielle en Nouvelle-Aquitaine
Le 2 et 3 décembre 2026 se tiendra la 10ème Édition de Territoire(s) D’Images, organisée par la Peña (Produire en Nouvelle-Aquitaine) pendant le Poitiers Film Festival. C’est l’occasion de revenir sur l’historique et les perspectives de cette association et sur cet événement, avec son président David Hurst.
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Est-ce que tu peux rappeler comment est née La Peña et quel est son but ?
David Hurst : La Peña, est née en avril 2017, pendant le festival de Brive, après la fusion de l’Aquitaine, du Poitou-Charentes et du Limousin. On a réuni des sociétés de production déléguée déjà présentes dans ces régions. On était une quinzaine au départ. Aujourd’hui, on est presque vingt-cinq adhérents. Ce qui nous rassemble, c’est d’abord la création. On considère qu’on n’est pas seulement des financeurs, mais des partenaires artistiques, administratifs, juridiques, et humains des auteurs et des réalisateurs qu’on accompagne de l’écriture à la diffusion. Le deuxième pilier, c’est la diversité, parce qu’on estime que les politiques publiques doivent la défendre et réguler le marché, plutôt que simplement l’accompagner. Le troisième pilier, c’est l’initiative régionale. On n’est pas des producteurs en région, on produit depuis la région en initiant des projets pour les faire rayonner en France et à l’international. Notre rôle, c’est de les défendre auprès des pouvoirs publics et des institutions, mais aussi de dialoguer avec les organisations professionnelles nationales pour faire reconnaître que la création peut se faire hors de Paris.
Est-ce qu’il y a de l’entraide entre producteurs confirmés et émergents ?
David Hurst : Oui, certains ont produit plusieurs longs-métrages, d’autres commencent ou passent du court au long. On échange dans les conseils d’administration, les festivals et sur notre groupe WhatsApp. Les plus expérimentés conseillent les autres ou les mettent en contact avec des fonds et des prestataires.
Quels sont les enjeux de la décentralisation ?
David Hurst : Historiquement, les régions servaient surtout de guichets aux producteurs franciliens qui venaient y tourner. Vers 2011-2013, la Nouvelle-Aquitaine a voulu développer la création au-delà de l’accueil des tournages. Les aides à l’écriture et au développement ont été renforcées, une aide au programme d’entreprise a soutenu les structures et les contrats avec les chaînes locales ont donné une place spécifique à la création régionale. Tous ces dispositifs ont fait émerger de nouveaux producteurs délégués qui ont été accompagnés par La Peña.
Comment agir face aux politiques restrictives et aux baisses de budget ?
David Hurst : Le Covid a marqué un vrai tournant quand on nous a dit que la culture n’était pas essentielle. Comme président, je dialogue notamment avec ALCA, le CNC et les organisations professionnelles. Mon rôle est de défendre une filière mais aussi de parler en tant que citoyen et de dire que la production régionale participe au dynamisme du territoire. Contrairement à l’idée courante, les budgets du cinéma d’auteur sont modestes et ils sont facilement attaqués. Il faut rappeler que nous sommes des entreprises, avec des salariés, des techniciens et des prestataires. Mais il faut dire aussi qu’en Nouvelle-Aquitaine, les baisses restent moins fortes que dans d’autres régions.
Quel est le rôle d’ALCA ?
David Hurst : C’est important de dire que des professionnels siègent dans les instances d'ALCA avec la Région et la DRAC et ils font remonter les réalités du terrain. Ils défendent le soutien à l’écriture, au développement et la mobilité des auteurs et des producteurs.
Qu’est-ce qui caractérise la production en Nouvelle-Aquitaine ?
David Hurst : Avant 2010, il y avait surtout des producteurs de documentaires, notamment avec France 3 Régions, et des tournages franciliens attirés par les décors. Aujourd’hui, les films initiés sont surtout indépendants ou d’auteur, et circulent en festivals, en salles, à la télévision ou sur les plateformes. Les nouveaux dispositifs ont changé les choses : la Nouvelle-Aquitaine a créé l’aide au programme d’entreprise et les aides à la coproduction internationale. Grâce à ces aides, j’ai pu devenir producteur délégué de longs-métrages alors que j’avais commencé comme coproducteur minoritaire de films étrangers.
Pourquoi avoir créé Territoire(s) d’Images ?
David Hurst : Il fallait réunir les professionnels et expliquer leurs réalités aux institutions et aux élus. Après une première édition à Limoges en 2017, l’événement s’est installé à Poitiers, en parallèle du Poitiers Film Festival, pour rencontrer des représentants nationaux. Nous avons ensuite invité des associations d’autres régions et constaté que nous partagions les mêmes principes. Pour la dixième édition, le 3 décembre, nous voulons mettre l’accent sur la création depuis les régions.
Quelles sont les perspectives de la Peña face aux évolutions politiques ?
David Hurst : Pour résister, il faut être conscient des problèmes qui existent. Depuis la pandémie, les distributeurs préfinancent moins facilement les films indépendants, tandis que la reprise des entrées profite surtout aux blockbusters. La pression qu’exercent les groupes UGC et Canal+ est aussi préoccupante. Nous nous sommes opposés à une réforme de l’aide au programme d’entreprise et demandons davantage de moyens aux régions comme au CNC. L’écriture et le développement sont les étapes les plus longues et les plus risquées : c’est là que le soutien est essentiel. Avec des budgets limités, il faut se demander s’il est préférable de doter une grosse production dont le budget peut atteindre quinze millions d’euros pour trois semaines de tournage plutôt que financer plusieurs documentaires, par exemple, avec la même somme. Notre résistance vise à continuer à faire des films exigeants. Les producteurs, nous sommes aussi là comme citoyens, nous pensons que ces films sont importants pour tout le monde. Même s’il est vu par quelques milliers de personnes, un film doit aussi pouvoir exister.
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