La Piscine 2025-2026 : une année scolaire d’immersion dans la lecture
La Piscine : voilà un nom qui attire d’emblée la curiosité et suscite l’envie, surtout en cette période caniculaire. Mais ne vous y trompez pas : point d’eau ni de bouée dans cette piscine-là. Le nom désigne en réalité un dispositif immersif et mobile dédié aux porteurs de projets d’éducation artistique et culturelle dans les établissements scolaires sous compétence régionale. Conçu par ALCA en 2023 et riche de six fonds compilant chacun une centaine d’ouvrages, il est destiné à donner l’envie de lire, de créer, de débattre et de réfléchir ensemble. Sur l’année 2025-2026, La Piscine a successivement pris ses quartiers au lycée polyvalent Nelson-Mandela de Poitiers puis au lycée professionnel Sillac d’Angoulême. Retour sur deux expériences qui donneront certainement envie à d’autres établissements de s’y plonger…
Juin 2026 : l’année scolaire se termine. C’est l’heure des bilans, le moment pour les enseignants de faire le point sur les projets menés ces dix derniers mois. Pour le lycée Nelson-Mandela de Poitiers comme pour le lycée Sillac d’Angoulême, La Piscine a largement contribué aux moments les plus forts de cette rétrospective. Pour la première fois depuis sa création, la durée d’emprunt du dispositif était programmée sur quatre mois dans chaque établissement : période durant laquelle les enseignantes coordinatrices du projet ont pu déployer de nombreuses actions pédagogiques à l’aide des outils et ressources proposés.
Ces activités développées autour du dispositif font partie des objectifs communs à tout établissement emprunteur. À travers elles, il s’agit de favoriser la rencontre avec des auteurs, autrices et professionnels du livre du territoire sous la forme d’ateliers, de développer la lecture-plaisir ou encore de renforcer les liens entre les élèves, mais aussi entre les enseignants autour du livre et de la lecture. Autant de finalités atteintes par les deux établissements concernés qui ont réussi par ailleurs à satisfaire d’autres objectifs propres à chacune de leur structure.
Au lycée Mandela, le premier souhait des quatre professeures documentalistes coordinatrices du projet était de rassembler les deux pôles du lycée (général et technologique / professionnel), en créant des liens aussi bien entre les élèves qu’entre les enseignants. Une ambition réussie, comme le confirme Louise Merlet, documentaliste du pôle général : "La Piscine nous a permis de travailler avec des collègues avec lesquels nous n’étions pas en lien avant. Cette année, par exemple, il y avait beaucoup plus d'enseignants du pôle professionnel présents pour la Nuit de la lecture. Et je suis sincèrement convaincue que c'est grâce à ce dispositif."
Pour Séverine Peytour, professeure de français au lycée Sillac, l’objectif, à travers l’usage de La Piscine, était tout autre. Il s’agissait prioritairement de favoriser l’intégration des élèves allophones de l’UPE2A[1] créée cette année au sein du lycée et de développer leur confiance en eux. Là encore, un pari réussi : "Les élèves de l’UPE2A ont été fiers d'eux, raconte l’enseignante. Ils ont développé une estime de soi qui s'est installée grâce à tout ce que l’on a mis en place autour de La Piscine." Séverine Peytour a pu, elle aussi, s’appuyer sur le dispositif pour passer la certification nécessaire à l’enseignement en UPE2A. Elle confie notamment s’être beaucoup inspirée des dossiers thématiques qui accompagnent les fonds bibliographiques pour construire des activités pédagogiques adaptées à ce public, en particulier autour des albums jeunesse, un médium particulièrement approprié pour des jeunes dont le français est encore hésitant.
La valorisation et la mise en confiance d’élèves qui peuvent se sentir en difficulté grâce aux ateliers et aux activités pédagogiques développées autour de La Piscine sont d’ailleurs un fait commun aux deux établissements qu’il est important de souligner. En l’occurrence, que ce soient les jeunes allophones précités ou ceux du CAP de Sillac, ou encore les élèves de l’ITEP de Mandela ou même certains lycéens en voie professionnelle, tous ont pu exprimer la fierté qu’ils ont ressentie face aux différentes créations réalisées. Preuve que La Piscine est modulable pour tout type d’enseignement, y compris adapté.
Si les ateliers organisés avec des intervenants extérieurs font partie des moments forts qui ponctuent les quatre mois d’immersion du dispositif, ils doivent être envisagés en cohérence avec les autres éléments de La Piscine : l’espace où le mobilier va être installé, et toutes les ressources et outils afférents. Les thématiques choisies par les établissements (deux ou trois parmi les six proposées[2]) sont aussi un élément moteur. Nathalie Collin, professeure documentaliste au lycée Mandela, souligne l’intérêt de cette articulation : "C'est très important de réussir à faire une liaison entre le lieu, La Piscine, les outils, etc., et les activités pédagogiques ou les interventions : ce lien s’est vraiment fait au sein de notre établissement, on a réussi à bien mêler les deux." Elle constate également que l’appropriation du dispositif par les élèves, mais aussi par les enseignants, a été favorisée par les différentes actions mises en place. D’où l’importance, de l’avis commun des quatre enseignantes documentalistes, de ne pas trop tarder à programmer les intervenants extérieurs dans le calendrier du projet. Les graines de l’envie et de la curiosité semées, les élèves ont investi de lieu et emprunté les livres, de plus en plus régulièrement. Citons, à titre d’exemples, quelques titres qui ont fait mouche auprès des adolescents : Queen kong, d’Hélène Vignal et Gabriel.le, de Vivien Bessières (thème "Amour"), Rouge pute, de Perrine Le Querrec (thème "Poésie"), ou encore L’Inondation, d’Émile Zola et Evgueni Ivanovitch Zamiatine (thème "Écologie"), ce dernier étant aussi l’un des coups de cœur de Louise Merlet. Car le plaisir de la découverte n’est pas réservé qu’aux élèves. Et l’enthousiasme des enseignantes pour certains titres favorise aussi la transmission.
À Sillac, Séverine Peytour et la documentaliste Marie-Pierre Morlière ont trouvé un autre moyen d’impliquer les élèves de l’UPE2A dès l’arrivée du dispositif : ils ont participé à son installation au sein du CDI. Monter le mobilier, déballer et disposer les livres, déplier les tapis… l’aménagement de cet espace de lecture-détente les a aidés à l’apprivoiser et ils ont pris l’habitude d’y venir régulièrement. "Les élèves de l’UPE2A se sont rendu compte qu'il y avait des choses intéressantes. Je pense qu‘ils vont aller davantage vers les livres maintenant", constate Séverine Peytour. Une nouvelle appétence qui donne à l’enseignante des idées pour la suite. L’année prochaine, elle compte poursuivre sa démarche pédagogique autour de la lecture pour les élèves allophones en utilisant davantage les albums jeunesse, notamment sur la thématique des migrations. Elle envisage également la mise en place d’un projet interdisciplinaire autour du kamishibai associant l’écriture, les arts plastiques et la menuiserie.
Car l’impulsion donnée par la présence de La Piscine au sein d’un établissement ne s’arrête pas lorsqu’elle s’en va. De nouveaux projets voient ainsi le jour dans son sillage, comme au lycée Mandela où deux enseignants en lettres – l’un en voie générale, l’autre en voie professionnelle –, qui n’avaient jamais travaillé ensemble auparavant, ont décidé de monter ensemble un atelier slam. Les quatre professeures documentalistes de Poitiers se réjouissent de cette ouverture créée grâce au dispositif, que ce soit en interne ou par la rencontre avec des auteurs et des autrices qu’elles n’auraient peut-être jamais rencontrés sans cette opportunité. Elles soulignent également l’accompagnement "chaleureux, professionnel et facilitateur" d’ALCA tout au long du projet et l’importance de la formation préalable proposée par l’agence pour bien appréhender le fonctionnement du dispositif et tous les outils proposés. S’il fallait encore un argument pour convaincre de l’intérêt d’emprunter La Piscine : que ce soit au lycée Sillac ou à Mandela, les enseignantes auraient toutes voulu la garder toute l’année !
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1. UPE2A : unité pédagogique pour élèves allophones nouveaux arrivants.
2. Les thématiques disponibles sont : La Bande dessinée asiatique, L’Aventure, Manger et nourrir, L’écologie, L’Amour et La Poésie. Chaque établissement peut choisir deux fonds et un troisième fonds optionnel sur demande justifiée.