"Soulèvements", portraits d’une résistance écologiste
Après s'être passionné pour le conflit basque dont il avait tiré pas moins de trois films, le documentariste Thomas Lacoste revient avec un film dédié au mouvement hautement médiatique et polémique des Soulèvements de la terre. L’ancien ministre de l’intérieur Gérald Darmanin avait tenté de dissoudre le mouvement, devenu ainsi l’emblème du militantisme actuel : vert, transgénérationnel et déterminé. Un film qui donne la parole à celles et ceux qui forment ce collectif viscéralement engagé.
C’est au travers de seize témoignages que le réalisateur Thomas Lacoste choisit de brosser le portrait du mouvement Soulèvements de la terre, un réseau de luttes écologistes locales disséminé sur le territoire français. Installé face à la caméra, chacun parle de son expérience, de ce qui l’a poussé un jour à s’investir dans ces luttes et des nombreux souvenirs ainsi accumulés.
Pour la majorité d’entre eux, cet engagement est lié à un attachement biographique à la campagne, au choix de travailler la terre. La plupart des combats qui sont évoqués ont fait l’objet d’une couverture médiatique importante : la ZAD Notre-Dame-des-Landes, les méga-bassines de Sainte-Soline ou encore les travaux de l’A69. Le film les aborde, lui, à travers l’expérience personnelle des hommes et des femmes filmés et permet ainsi d’en dévoiler une autre facette, plus intime.
Car, bien que la forme du documentaire soit très classique (alternance d’entrevues et d’archives), c’est le choix des mots qui émeut celui ou celle qui regarde et écoute. Il existe en effet une force, une croyance et une intelligence galvanisantes chez ceux que le cinéaste choisit de mettre en scène. Manifester, se réunir, est aussi une fête. L’action collective parvient à créer une proximité avec la joie et la fierté ressenties, souvent contagieuses.
Tandis que les récits se succèdent et s’égrènent, on perçoit l’aspiration qui semble animer Soulèvements : partager et transmettre le désir de se battre pour récupérer et préserver l’espace rural. Montrer une variété d’âges et de situations qui humanise et personnalise ces écologistes souvent caricaturés, parfois moqués et même considérés comme dangereux. Le cinéaste évoquait d’ailleurs leur qualification par Gérald Darmanin d’"écoterroristes" comme une des raisons à l’existence du film. Il fallait répondre autrement à cette question : qui sont-ils, ceux qui choisissent la désobéissance civile malgré les violentes répressions ?
On pourrait alors regretter de ne pas mieux connaitre ces visages, de ne pas les voir agir, tous contenus dans ces cadres plutôt fixes et larges. De ne pas mieux saisir aussi certaines aspérités et complexités de la lutte en collectif, ce qu’on ne saisit que fugacement lorsqu’un fils s’agace d’avoir été coupé par son père, tant le film cherche à convaincre son spectateur et sa spectatrice que cela vaut la peine. Ce qui ne laisse aucun doute une fois le film fini, la terre mérite d’être ardemment défendue. Le film est produit par la société girondine Sister Production, résolument dévouée aux documentaires qui affichent un engagement marqué. Diffuser en salles le film Soulèvements est-il un acte politique en soi ? Voilà un aspect qu’il sera intéressant d’étudier.
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Soulèvements, de Thomas Lacoste, sortie en salle le 11 février 2026
Soutien au développement de la Région Nouvelle-Aquitaine, en partenariat avec le CNC et accompagné par ALCA.
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Sources :
- "Dissolution des Soulèvements de la Terre : de l’annonce à l’annulation" le 13 novembre 2023, dans le podcast "Camille passe au vert" sur France inter
- Page de présentation Wikipédia du mouvement Les Soulèvements de la terre