D’un réseau à la naissance d’une association : les résidences d’écriture de Nouvelle-Aquitaine se fédèrent
Le 23 avril 2026 est né RECREANA, le Réseau des résidences de recherche et création de Nouvelle-Aquitaine. Si le réseau existe depuis sept ans, il s’est étoffé au fil des ans pour finir par se structurer en association, un souhait commun à ses différents membres qui ont progressivement œuvré à sa concrétisation. Retour sur les étapes clés et les derniers débats qui ont marqué ce cheminement.
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Les maillons d'une chaîne
Le 24 février 2026, huit membres du réseau régional des résidences d’écriture de Nouvelle-Aquitaine se réunissaient à la Villa Valmont, à Lormont, pour une dernière concertation décisive avant l’assemblée générale fondatrice de l’association RECREANA qui aura lieu deux mois plus tard. Pour pallier la principale difficulté évoquée lors d’une première réunion en décembre 2025 – le manque de temps, au quotidien, pour s’investir dans un tel projet –, l’enjeu de cette journée était de trouver des solutions et un fonctionnement adapté : allier exigence et souplesse pour affirmer officiellement ce que ce réseau est déjà depuis plusieurs années.
C’est en 2019, sous l’impulsion d’ALCA, que se constitue un groupe de travail autour des lieux de résidence d’écriture de Nouvelle-Aquitaine. Réunissant porteurs de projets émergents et responsables de résidences d’expérience, cette démarche de travail collectif a perduré pour aboutir à la construction d’un réseau aux principes et objectifs communs. Ceux-ci sont définis dans un manifeste rédigé en 2021 et réactualisé en 2025 : défense de la liberté de création et d’expression, respect des droits des artistes et des droits culturels, vigilance constante face aux VSS et à toute forme de discrimination, écoresponsabilité – pour n’en citer que quelques-uns – et une "volonté politique d’ancrer les lieux de résidences dans leurs écosystèmes".
Ce dernier enjeu de visibilité et d’affirmation de la place essentielle qu’occupent les résidences dans les filières artistiques était à l’origine du premier groupe de travail fondé en 2019 et l’est encore aujourd’hui, au moment où le réseau franchit une étape supplémentaire sur le chemin de sa structuration. "La première raison d’être de cette association, soulignent d’une seule voix les membres réunis à Lormont, est d’avoir une voix commune et collective dans les instances, notamment celles du contrat de filière, pour parler des résidences de création et faire valoir les points de vue que nous partageons, par-delà nos différences." Un enjeu également souligné par Mélanie Archambaud, directrice de La Villa Valmont : "Nous fédérer, c’est rappeler que l’on joue un rôle dans une filière de création, mais aussi économique. Les lieux de résidence sont rarement cités comme maillons de cette chaîne. Or, nous renforçons le statut des auteurices, puisqu’on leur apporte une rémunération, nous valorisons leur travail comme celui des éditeurs et éditrices indépendantes, et nous faisons travailler les librairies... En nous fédérant, nous réaffirmons que l’on occupe cette place."
Un réseau ouvert
Le travail mené ces dernières années, coordonné par ALCA, a notamment permis au réseau de se développer en y intégrant progressivement des structures émergentes réparties sur l’ensemble du territoire : Le Ciel de Royan (17) et Les Plumes de Léon (24) en 2020 ; L’Autre ferme (16), La Maison François Méchain (17), La Maison de la Dîme (24) et la Résidence La Crypte (40) en 2021 ; Le Moulin Boissard (86), Trapèze (17) et La Villa Valmont (33), dernières nées et ayant intégré le réseau en 2023. Grâce aux échanges, au partage d’expériences et des savoir-faire de leurs pairs, celles-ci ont pu bénéficier de conseils et d’un accompagnement précieux avant de prendre pleinement leur place au sein du réseau.
Aujourd’hui, une trentaine de structures maillent l’ensemble de la région et leur ambition ne s’arrête pas là. L’un des points forts de cette nouvelle dynamique associative est ainsi d’élargir le champ des disciplines artistiques concernées, comme le souligne IanE Sirota, cofondateurice de la résidence Trapèze : "Nous avons décidé d’ouvrir le réseau à toutes les résidences de recherche et création sans se cantonner aux silos livre et cinéma. Il y a déjà au sein du réseau actuel plusieurs structures qui ne se limitent pas à ces thématiques et beaucoup d’entre nous sommes gênés dans le développement de nos projets par rapport à cette barrière un peu artificielle. Ouvrir à toutes les disciplines faisait sens tant pour les résidences qui sont déjà dans le réseau que pour la représentativité d’autres collègues qui n’en font pas encore partie mais qui peuvent avoir des préoccupations voisines et la nécessité de se structurer pour pouvoir siéger à leur tour dans d’autres filières."
Cette ouverture est le résultat d’un constat qui a conduit les membres du réseau à vouloir s’autogérer, sans l’accompagnement des institutions – DRAC et ALCA – qui, eu égard au contexte politique et économique actuel, les ont encouragés dans cette voie. "Le réseau tel qu’il existait en collectif a désormais besoin d’expansion, note Aimée Ardouin, responsable du Chalet Mauriac (33), peut-être pour aller vers des champs interdisciplinaires de manière plus affirmée. Cette nouvelle autonomie lui permet de prendre pleinement en compte la réalité de la diversité de nos structures et du caractère très interdisciplinaire de l’accompagnement que l’on peut porter."
Concrètement, pour répondre à cette volonté d’élargissement et pour équilibrer l’implication de chacun et chacune dans la nouvelle association, celle-ci reposera sur un fonctionnement collégial et transversal. Trois collèges seront initialement définis dans les statuts (collèges Livre, Cinéma et Arts visuels), avec la possibilité d’en créer de nouveaux pour rendre compte des disciplines portées par les nouveaux membres (à partir du moment où ces derniers seront en nombre suffisant pour justifier la représentativité d’une nouvelle thématique au sein de l’association). Une personne de chaque collège sera désignée en tant qu’experte et porte-parole tant en interne qu’auprès des partenaires extérieurs et des pouvoirs publics.
Le Manifeste, comme les critères définissant ce qu’est une résidence de recherche et de création initialement posés par ALCA dès 2019, figureront dans les statuts en tant que fondements de l’association.
Remplir les angles morts
À cette étape du processus, plusieurs objectifs ont déjà été identifiés :
- S’affirmer comme acteurs culturels de référence sur un territoire, comme l’explique Pierre-Laurent Daures, responsable de la résidence Moulin Boissard, dans la Vienne : "Cette professionnalisation du réseau permet de poser un autre enjeu important, qui est notre apport d’expertise et de compétences en matière d’élaboration de projets culturels de territoire. Nous avons aussi envie d’exister de cette façon, d’écouter les attentes et les besoins et essayer d’accompagner des projets qui peuvent naître dans des collectivités."
- Construire des dispositifs de résidence amplifiés, tel que le souligne Mélanie Archambaud : "Parmi les axes de propositions que l’on soutient, il y a l’idée de développer des projets qui ont davantage d’ampleur parce qu’on les porte à plusieurs. Ce qui permet d’accompagner les auteurices dans le temps, d’organiser des parcours de recherche et de diffusion. Il s’agit de faciliter la coconstruction sur des projets communs, éventuellement européens, en obtenant plus facilement des financements grâce à cette dynamique de réseau." Elle insiste aussi sur le fait que les résidences permettent d’accueillir des projets qui ne pourraient pas être soutenus, car ils ne répondent pas aux critères des règlements d’intervention des pouvoirs publics (des auteurs ou autrices qui n'ont encore jamais été publiés, par exemple, ou des projets inclassables, car interdisciplinaires). "Nous remplissons un peu les angles morts des dispositifs nationaux et nous avons envie d’affirmer et de faire valoir que nous sommes indispensables pour cette raison-là", renchérit Pierre-Laurent Daures.
- Enfin, la question centrale de la recherche de financements – que ce soit pour l’accompagnement des projets, la rémunération des auteurs et des autrices, pour garantir des conditions d’accueil favorables à la recherche et à la création et mettre en lien les projets avec un territoire – peut aussi s’appuyer sur cette force collective, en imaginant même, selon Pierre-Laurent Daures, de "monter des plaidoyers communs pour aller chercher des financements au nom du réseau".
En cette période où la culture est fragilisée, comme le souligne Aimée Ardouin, cette initiative commune prend d’autant plus de sens : "Se fédérer à l’échelle régionale, c’est envoyer un signal positif fort, montrer que nous sommes dans une volonté d’action, de collectif, et que cela est possible."
Le document martyr des statuts rédigé après cette riche journée d’échanges et de travail à la Villa Valmont a été validé lors de l’assemblée générale fondatrice d’avril 2026. Prochain rendez-vous en juillet, pour le premier conseil collégial de RECREANA. Gageons que la volonté d’ouverture de cette toute jeune association attirera rapidement de nouveaux adhérents…