PLUM : les manifestations littéraires se fédèrent
L’année 2026 est décidément une année fédératrice pour la chaîne du livre. Après les résidences d’écriture, les auteurs et les autrices, c’est au tour des manifestations littéraires de créer leur association représentative afin, notamment, de porter leur voix auprès des pouvoirs publics. Dans un contexte économique de plus en plus contraint, la résistance par le collectif semble la voie de l’avenir.
La Nouvelle-Aquitaine compte plus de 155 salons et manifestations littéraires sur son territoire, tous genres confondus1. Ce vaste panel inclut des événements majeurs – comme la Foire du livre de Brive ou le Festival international de la bande dessinée d’Angoulême, qui devrait renaître de ses cendres en 2027 sous un autre nom – ainsi que nombre d’initiatives locales. La diversité est le maître mot de ce paysage culturel, tant par la taille des événements, des structures organisatrices, que par la pluralité des réalités territoriales de la plus grande région de France. L’un des premiers enjeux pour PLUM, la toute jeune Fédération des manifestations et programmations littéraires de Nouvelle-Aquitaine, est de représenter cette variété afin de défendre au mieux les intérêts de chacun. Une volonté marquée dès l’origine par la constitution d’un conseil d’administration éclectique : les six structures qui le composent2 sont réparties sur l’ensemble du territoire, ancrées en milieu rural ou urbain et défendent une pluralité de genres (bande dessinée, littérature étrangère, poésie, etc.). Rejoint par six autres associations désormais adhérentes, le groupe constitué a déjà posé les bases d’un projet associatif commun. Retour sur les différentes étapes et réflexions qui ont mené à la naissance de cette fédération.
Une demande institutionnelle
Voilà déjà plusieurs années que la filière régionale du livre se structure en fédérations portant chacune la voix collective du métier qu’elles représentent : les libraires, d’abord, avec la création, en 2017, de LINA, les traducteurs la même année, défendus par Matrana, puis les éditeurs, regroupés en 2020 au sein de l’AENA. Plusieurs maillons essentiels à la vie du livre manquaient cependant à cette chaîne vertueuse : les auteurs et les autrices, les résidences de création et les manifestations littéraires. Impulsé par les instances culturelles régionales, et sous l’égide d’ALCA, un élan collectif voit le jour en 2026 qui aboutit à la création de trois nouvelles associations : CABANE, RECREANA et PLUM.
Sensibilisées à la suite de l’"Alerte rouge sur les manifestations littéraires" lancée par RELIEF (Réseau des événements littéraires et festivals) au printemps 2025, les collectivités territoriales se mobilisent. En Nouvelle-Aquitaine, le constat est simple : elles n’avaient pas, jusqu’à présent, d’interlocuteur unique clairement identifié permettant d’amorcer des discussions constructives pour soutenir les structures concernées. De ce fait, les manifestations littéraires n’étaient pas véritablement prises en compte dans les dispositifs actuels, comme le souligne Serrine Pino-Bouratoua, chargée de coordination et de développement de l’association CultureLL à Poitiers : "Les manifestations littéraires ne sont pas inclues dans le contrat de filière. Elles apparaissent seulement de manière sous-jacente, dans certains dispositifs qui prennent en compte tous les maillons de la chaîne du livre. Mais elles ne sont pas explicitement citées, elles n'ont pas de dispositif propre. Donc l'un des premiers enjeux pour nous est de pouvoir être identifiés et à notre juste place."
Les manifestations ne figuraient pas non plus au Conseil des professionnels d’ALCA, pôle de réflexion stratégique dans la construction de la politique culturelle régionale. Raison de plus, pour l’agence, pour les accompagner sur ce chemin d’une structuration en fédération, en commençant par lancer un appel général, en février 2026, auprès de toutes les associations organisatrices du territoire. Quatre d’entre elles – Lettres du monde, Les Amis d’Yves Chaland, Lire sur la Vague et CultureLL – se retrouvent alors autour d’une conviction commune : la nécessité de créer un espace de coopération, de mutualisation et de représentation pour mieux faire face à un contexte économique et politique de plus en plus incertain. Isabelle Chaland, présidente des Amis d’Yves Chaland, une association déjà bien ancrée dans divers réseaux professionnels (Astre, Recreana, Club 99), relie ce mouvement fédéraliste à l’évolution du paysage associatif dans son ensemble : "Cette volonté de mise en réseau, le besoin d'échanger, de parler des problématiques, d’imaginer ce que l’on pourrait faire ensemble est dans l’air du temps depuis cinq, six ans. Aujourd’hui, c'est devenu une nécessité au vu des difficultés actuelles et de l’évolution de la structure associative. Nous devons nous structurer, nous professionnaliser de plus en plus. On nous considère souvent comme des entreprises, alors que nous ne sommes pas à but lucratif. On nous demande des investissements qu'on a du mal à réaliser parce qu'on ne fait pas de bénéfices."
Répondre à des besoins concrets, défendre des valeurs communes
"Pourquoi et comment se fédérer ? Quels liens existent-ils entre nous ?" Tels ont été les premiers questionnements mis sur la table afin d’identifier les besoins auxquels il s’agissait de répondre, les principes et valeurs communes à défendre, les types de structure pouvant adhérer à l’association et son fonctionnement.
Plusieurs problématiques partagées ont ainsi rapidement été déterminées : difficultés dans la recherche de financements, fragilité des modèles économiques, nécessaire professionnalisation des équipes, mobilisation des bénévoles, adaptation aux évolutions réglementaires… Des besoins multiples auxquels s’agrègent des préoccupations plus éthiques néanmoins essentielles, comme l’écoresponsabilité, la lutte contre les VSS, l’accessibilité des publics ou encore le respect et l’inclusion de tous les acteurs de la chaîne du livre. "Nous avons voulu déterminer un cadre, explique Serrine Pino-Bouratoua. Nous nous sommes inspirés pour cela de la Charte des manifestations littéraires de la Fédération interrégionale du livre et de la lecture pour rédiger la nôtre. Elle présente un minimum de critères à suivre pour se revendiquer comme "manifestations littéraires", à commencer par la rémunération des auteurs et des autrices, qui est la base de tout." La charte de PLUM repose sur quatre points principaux : la définition de ce qu’est le projet artistique et culturel d’une manifestation littéraire, la place centrale qu’y tiennent l’auteur ou l’autrice et son œuvre, son inscription au sein d’un écosystème et d’un territoire et enfin l’observance de la législation et des usages de la profession. "Nous défendons le livre et la lecture, ajoute Isabelle Chaland, ainsi que la créativité et l’identité de chaque association ; et cela dans le respect de tous les acteurs de la chaîne du livre : les auteurs et les autrices, bien sûr, mais aussi les éditeurs, les libraires, les distributeurs et les lieux dans lesquels nos événements se déroulent, comme les médiathèques et les bibliothèques." Si le respect de tous ces préceptes est incontournable pour pouvoir adhérer à l’association, celle-ci reste ouverte à la singularité de certaines structures, telles les maisons de la poésie (celles de Bordeaux et de Poitiers) qui déploient avant tout une programmation à l’année plutôt qu’un seul événement.
Définir des objectifs communs
"Notre but est d'échanger, de participer et de construire quelque chose ensemble parce que nous appartenons à une filière. Donc nous n'existons pas sans les autres. Il s’agit aussi bien d'être représentés auprès des pouvoirs publics, de participer aux discussions stratégiques, que de faire le lien avec les autres fédérations afin d’avoir des remontées d’information. Parce que si les librairies flanchent, par exemple, nous, manifestations littéraires, nous faiblirons aussi." Isabelle Chaland souligne ainsi l’inscription du projet PLUM dans une démarche résolument interprofessionnelle. Collecter des informations en favorisant les échanges, produire des ressources professionnelles et développer des projets mutualisés tout en défendant les intérêts de la profession auprès des partenaires institutionnels : tels sont les premiers objectifs fixés par un conseil d’administration d’ores et déjà mobilisé, même si l’ampleur de la tâche a pu freiner certains. "La principale réticence exprimée au lancement du projet était l'investissement que cela allait nous demander, raconte Serrine Pino-Bouratoua. D’autant plus que nous avions un impératif de calendrier pour pouvoir déposer un dossier de demande de subvention avant l’été. Il fallait avancer assez vite dans la création de l'association." L’utilité de la démarche a donc été collégialement débattue avant d’aboutir à une conclusion positive unanime. Et il n’aura pas fallu longtemps pour que, une fois le processus enclenché, huit nouvelles associations s’agrègent aux quatre structures initiatrices pour participer à l’assemblée générale constitutive du 7 juillet 2026. Une première vague d’adhésions qui laisse augurer d’une expansion rapide. De là la nécessité, pour asseoir les fondements de la fédération et mener à bien les nombreuses missions programmées, de créer un poste de coordination et un bureau opérationnel. Pour le premier, cela dépendra de l’obtention de la subvention Région Nouvelle-Aquitaine-Drac-CNL sollicitée. Quant à la composition du bureau, elle reprend les fonctions associatives classiques, avec une présidence partagée entre Isabelle Chaland et Cécile Quintin, directrice de Lettres du Monde3. Elles pourront ainsi s’épauler mutuellement et s’appuyer sur leur longue expérience pour piloter cette jeune association. Les rouages d’une dynamique collective et solidaire sont ainsi mis en place pour que les manifestations littéraires puissent continuer de participer au dynamisme et à la cohésion de l’écosystème régional du livre.
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1. D’après le recensement d’ALCA : https://alca-nouvelle-aquitaine.fr/fr/actualites/cartographie-des-manifestations-litteraires-neo-aquitaines
2. Les Amis d’Yves Chaland (47), Lettres du monde (33), Lire la Vague (40), La Maison de la poésie (33), Féroce Marquise (24), Les Escales du livre (33).
3. Trésorière : Pauline Bestaven (Lire sur la vague, Seignosse) ; secrétaire : Patrice Luchet (Maison de la poésie, Bordeaux).