"Foutues cigognes", un roman noir au cœur tendre
Le dernier né de la collection FACTION, "parce qu’on ne prend pas les ados pour des cons" se nomme Foutues cigognes et non content de respecter les adolescents, il assène une sacrée claque aux adultes lecteurs. Gildas Guyot signe aux édition In8 un roman aussi court que renversant.
Certains fuient la guerre et cherchent un nouveau toit, d’autres fuient leur maison pour en trouver un plus sûr. Chez Albin, la guerre est à l’intérieur de la cellule familiale qui a explosé avec la perte de la mère. Le petit garçon de huit ans et demi va devoir affronter un double deuil, celui de sa mère et celui du père qu’il avait avant l’accident. Mais il y a un nouveau challenger dans l’équation : Felix, le petit frère d’Albin, qui vient tout juste de naître.
"- Non Albin, elle est partie. 'Vraiment partie.'
'Vraiment partie'?
Le garçon se rappelait avoir déjà entendu quelqu’un utiliser cette expression. L’association des deux mots voulait dire autre chose ? Il y avait un sens caché. C’était comme si on voulait faire comprendre à l’autre qu’il ne fallait pas chercher à savoir où la personne dont on parlait était allée se réfugier. Alors il s’était souvenu que c’était la manière dont on lui avait annoncé que Papy Lou était mort. 'Vraiment parti', ça voulait dire qu’on était mort "
Foutues cigognes, Gildas Guyot, p36
Le titre annonce l’état d’esprit dans lequel se trouve le héros : en colère. Colère d’exister, colère de subir, colère contre la fatalité du sort, l’égoïsme des adultes, la méchanceté des enfants dans une cour de récréation. Comment peut-on narguer quelqu’un qui n’a plus de maman ? Les motifs de rancœur sont nombreux et Albin les expriment avec une grande liberté, sous les doigts intermédiaires de l’auteur Gildas Guyot. Initiation, deuil et renaissance, en une petite centaine de pages, Gildas Guyot nous fait traverser un champs émotionnel riche, sombre, poignant. Les drames à hauteur d’enfant sonnent toujours différemment. Ces derniers empruntent moins de filtres, n’usent d’aucune convention. Tout est plus violent pour eux, captifs des grandes personnes soi-disant plus autonomes ou raisonnées. L’auteur, pourtant cinquantenaire, a gardé un lien ténu avec cette clairvoyance impitoyable et juste, propre aux jeunes esprits. La noirceur qui habite son personnage lui permet d’instiller un suspense, comme en sourdine du texte, dont il maîtrise les effets à la manière d’un Stephen King.
La collection Faction donne souvent dans le roman noir, avec des auteurs comme Marin Ledun, qui avait reçu le Prix du festival des littératures européennes de Cognac pour L’Enfer, (coll.Faction). Quant à Marion Brunet, une autre autrice de la maison, elle a remporté en 2025 le prix Astrid Lindgren pour l’ensemble de son œuvre, l’équivalent du Nobel pour la jeunesse.
Foutues cigognes s’inscrit dans la lignée de cette collection à part, dont le parti pris se voit récompensé par les lecteurices, probablement ravis de se voir proposer autre chose que de la littérature de l’imaginaire, de la romance ou des classiques, souvent lus dans le cadre scolaire.
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Foutues cigognes, de Gidas Guyot, éditions In8, collection Faction, octobre 2025. Prix 9,90€