Au Chalet Mauriac, les écritures contemporaines à la fête !


Au cœur du Parc naturel régional des Landes de Gascogne, le Chalet Mauriac reçoit depuis 7 ans des artistes en résidence. L’écriture sous toutes ses formes y est encouragée : numérique, graphique, littéraire, cinématographique, audiovisuelle, dramatique, musicale… Toutes se donnent rendez-vous, se côtoient et parfois même se mêlent dans des projets artistiques en cours d’élaboration. Les artistes accueillis au Chalet sont unanimes : ce qui leur est offert à Saint-Symphorien, c’est le luxe du temps, qui permet à la créativité de s’épanouir dans un cadre pensé pour eux.
C’est ainsi que de 9h à 16h30, des groupes d’enfants et de jeunes accompagnés de leurs enseignants arpentent Saint-Symphorien. Loin d’être une nouveauté pour eux, cette manifestation est plutôt un rendez-vous, et le public des habitués. Johan, élève en 2nde Métiers de l’électricité à Langon, venu avec sa classe découvrir le travail de l’artiste Camille Lavaud se remémore : "Je viens depuis tout petit au Chalet Mauriac. Avant, je faisais du vélo dans le parc et puis je viens à la Fête au Chalet avec l’école depuis des années." Les plus jeunes sont calés eux-aussi, au point que la balade-visite guidée "Forêt d’art contemporain", proposée par la guide Laetitia Bélanger, s’est judicieusement transformée en une visite commentée par les 5ème du collège voisin. Très à l’aise pour certains, plus hésitants à prendre la parole en public pour d’autres, ils ont raconté en détails le projet de l’association Forêt d’art contemporain, rappelant que, parmi cet ensemble de 21 œuvres actuellement disséminées dans la forêt des Landes, devenue musée à ciel ouvert, l’une se trouve dans le parc du Chalet Mauriac : intitulé 7 comètes à venir, cet ensemble de sculptures de l’artiste David Boeno s’inscrit pleinement dans la volonté de l’association de créer, en milieu rural, un outil de production et de diffusion d’art contemporain sous la forme d’un itinéraire régional.
"Lire avec ses pieds"
Cap sur le village de Saint-Symphorien, au Cercle Ouvrier, un café associatif - salle de spectacle à l’ambiance délicatement nostalgique, parfait pour accueillir la lecture en musique de Romuald Giulivo. Une trentaine de jeunes veinards y assistent, captivés par la magie propre aux histoires racontées. Même attention dans la salle communale pour la première de Par le temps qui court, dont l’auteur Thomas Scotto propose une lecture théâtralisée. Seul en scène, mais accompagné de sons, de vidéos en Super 8 et d’un décor à fort pouvoir évocateur, l‘écrivain-lecteur nous offre l’histoire d’une vie déroulée qui trouve écho en chacun, en chacune. La poésie et l’émotion dégagée par ses mots ont conquis le public.
À trois minutes à pied, derrière la porte de la garderie l’autrice Aurélia Coulaty entame la lecture d’un extrait des Rêves d’avant la route. Ce livre réunit les entretiens et les photos de 40 jeunes personnes ayant migré en France. Ce projet, conçu avec France Terre d’Asile, permet de rendre aux personnes leur unicité, de mettre en avant ce qui fait d’elles des individus avec leur vie, leurs rêves, leurs espoirs… La lecture du portrait consacré à la jeune Albanésia, 19 ans et originaire d’Albanie, force au silence la classe de Seconde présente dans la salle et, jusque là, parfois agitée. Les jeunes sont saisis car à travers les mots et la voix de l’autrice, c’est une rencontre avec Albanésia et sa vie déjà bien compliquée qui a lieu.
"Y’a une image qui sort"
À l’étage de la mairie, les 1ere assistent à une performance autour du jeu vidéo Journal du Brise-Lames. Yeux rivés à l’écran, les jeunes découvrent un jeu vidéo littéraire dans lequel les créateurs, Juliette Mézenc (écrivaine numérique) et Stéphane Gantelet (artiste codeur), poussent les gamers à lire et à écrire des textes pour progresser dans les niveaux. Dans le même temps, Romuald Giulivo et Lucie Braud présentent leur appli cation littéraire "Portraits rêvés".
Un final en fanfare
Il est 16h30, la programmation scolaire s’achève. Il est temps à présent de lancer la Fête au Chalet destinée au grand public. Une performance dessinée et une lecture musicale plus tard, c’est déjà l’heure du repas guinguette dans le parc du Chalet, l’occasion d’échanger simplement avec les artistes et de rencontrer les partenaires : la Région Nouvelle-Aquitaine qui a acquis le Chalet et son parc, les a rénovés et aménagés pour y ouvrir, en 2013, la résidence d’écrivains, ALCA qui a en charge la programmation et la mise en œuvre des résidences d’écriture au Chalet, la ville de Saint-Symphorien et le Syndicat mixte du bassin versant du Ciron, partenaires indispensables et fidèles, attachés à la préservation du territoire et du patrimoine. Mais il est déjà tard, chacun rentre chez soi, les artistes en résidence reprennent possession de Leur Chalet. Un ultime entretien croisé réunit le lendemain matin Marie Cosnay et Ali Al Muqri, pour prolonger encore un peu les échanges, retenir le temps. Vivement l’année prochaine, qu’on refasse leur fête aux écritures contemporaines !

Chloé Marot a été journaliste, programmatrice littéraire et opératrice culturelle. Début 2025, elle rejoint le département Livre d’ALCA pour développer et animer en Nouvelle-Aquitaine un réseau dynamique d’acteurs et d’actrices de la lecture publique (bibliothèques, médiathèques, associations, etc.) et de partenaires institutionnels.